Le chant de Siegfried
Le ménestrel raconte.
Le ménestrel raconte.
Première veillée du ménestrel
Venez, braves gens, venez.
Je vous conterai une histoire, qui m‘a été rapportée par le neveu du messager du roi — une histoire véridique donc. Et si le vieux Hans du village voisin vous en conte une autre, c’est qu’il a mauvaise mémoire… ou mauvais goût !
Donc. Ouvrez grand les oreilles !
C’était il y a longtemps, au pays de l‘Ouest. Il y vivait un héros. Fort, noble, beau et courageux. On disait qu’il était le plus fort de tous.
Siegfried était son nom.
Outre sa très grande force, il était en plus invulnérable.
Vous ne me croyez pas ? Et pourtant, je vous avais dit que tout était vrai !
Écoutez bien !
Siegfried n‘a pas toujours été invulnérable. Mais je vous disais qu’il était courageux ! Et ce courageux guerrier a délivré la contrée entière de la menace d‘un dragon ! Il l'a vaincu après un terrible combat.
Il s‘est baigné dans son sang ! Et le sang du dragon l‘a rendu invulnérable. Aucune lame ne pouvait transpercer sa peau !
Mais — ô malheur ! Une feuille de chêne s‘est posée entre ses omoplates juste à ce moment. Et, mais il ne fallait le dire à personne — c’était le seul endroit où on pouvait le blesser !
Fort de toutes ses qualités, riche du trésor du dragon, il s‘en alla vers le Nord !
Pourquoi vers le Nord, me demandez-vous ? Ah ! Voilà une excellente question.
Mais une bonne histoire ne livre pas tous ces secrets d’un seul souffle !
Je vois bien vos regards, braves gens. Vous voudriez connaître la suite, et sans attendre.
Mais moi j‘ai la gorge sèche et le ventre vide. Vous laisseriez tout de même pas un pauvre ménestrel mourir de faim ?
Revenez donc quand ma besace sera pleine et ma chope remplie… et alors je vous raconterai ce que Siegfried est allé trouver au Nord.
...
Ah ! Vous revoilà ! Approchez donc, braves gens ! Vous m’excuserez, j’ai la bouche encore pleine. Ce ragoût est une merveille.
Bon. J’en était où ?
Siegfried allait vers le Nord ? Ah mais oui ! Heureusement que tu m‘as écouté, mon grand ! Moi, j’aurais oublié de vous raconter que sur la route, il a été hébergé par les Nibelungen.
Ça ne te dit rien ? Et pourtant… ils sont fort connus dans les pays du Nord ! Les Nibelungen, petits de taille, rusés, pas toujours bienveillants, mais généralement bien disposés. Et donc accueillants pour notre héros.
Ils possédaient des choses très particulières. Et ils avaient le malheur de s‘en vanter. Des objets rares. Certains avaient même des pouvoirs magiques. Et…
Vous ne me croyez pas ? Mais… vous êtes un public vraiment ingrat, ma foi !
Cependant, je vous pardonne. Car voyez-vous… Siegfried ne le croyait pas non plus. Une cape qui rendait invisible et un masque qui permettait de changer d’apparence…
Il faut dire que cela l’amusait bien, ces histoires. Vous y auriez cru, vous ? Non, sans rire… des balivernes !
Un soir de fête, Siegfried leur a emprunté cette cape et ce masque. C’était l’influence des festivités, il voulait faire une blague, mais…
Mais, miracle ! On ne l‘en empêchait guère. Il s’avérait qu’ils avaient dit vrai. La cape rendait invisible celui qui la portait.
Et vous voyez… vous comprenez… il aurait été gênant de leur montrer qu’il ne leur avait pas cru… On le comprend, Siegfried, hein ?
Et donc fort de ses qualités et riche des ses trésors et ses objets magiques, il marchait vers le Nord !
Oh et au Nord, vous savez ce qu‘il avait trouvé ? Vous le devinez ?
Non ?
Vous n’avez aucune imagination, parbleu ! Un public doit avoir de l’imagination !
Qu’avait-il trouvé au Nord ?
Un trésor ? Non.
Un autre dragon ? Pas davantage.
Une femme ?
Parbleu ! Enfin quelqu’un qui suit ! Oui, une femme. Il ne fallait pourtant pas être devin.
Bon, toutes ces devinettes me fatiguent. Pas vous ? Bon allez, à demain. Oui oui, je reste six nuits. Oui, vous me plaisez bien. Votre accueil est agréable. Je dors où ? Près du feu ? Parbleu, c’est formidable.
Deuxième veillée du ménestrel
Ah ! Approchez donc, braves gens ! Tout le monde est bien installé ? Formidable ! Allons-y.
Une femme ! Tu me lances ça comme ça, toi ? C‘est un vaste sujet, ma foi ! Une femme.
Ah la femme que Siegfried va rencontrer ? Ah mais oui. Mais où j‘avais ma tête ?
Donc voilà. Siegfried avait rencontré une femme. Pas n’importe laquelle. Une femme extraordinaire.
Là, vous allez trouver de suite ce qui la rendait si exceptionnelle !
Sa beauté ? Mais vous ne suivez vraiment rien, vous !
Oh mais bien sûr qu‘elle était belle, mais elle était aussi… alors ? Qui suit ?
Courageuse ? Je n‘en sais rien, moi !
Forte ? Ha ! Enfin ! Je t‘aime bien, toi !
Elle était la reine d’Islande. Brunhilde. Une femme dotée d‘une force surhumaine. Elle était plus forte que tout homme. Le seul à pouvoir la vaincre — était notre héros. Mais cela ne la gênait guère, car vous savez, ces deux étaient aimés, par les Dieux eux-mêmes.
Ils étaient destinés l’un pour l’autre.
Ils se reconnurent dès le premier regard.
Ils se jurèrent un amour éternel, sous le regard des Dieux.
…
Ah… je vois vos sourires.
Vous pensez qu’une telle histoire ne peut que bien finir.
Oui, ils s’aimaient d‘un amour fort et pur. Ils se faisaient leurs promesses.
Mais Siegfried était rappelé dans le Sud par son père.
Il promit à Brunhilde de revenir la trouver.
Et il partait.
S‘il était revenu ? Oui. Hélas. Il est retourné en Islande. Mais il n’était pas venu seul.
Mais ça… c’est une histoire pour demain. Revenez donc, braves gens, moi, je vais m‘allonger près du feu.
Troisième veillée du ménestrel
Ah ! Venez, braves gens, venez.
Vous êtes donc curieux du sort de Siegfried et Brunhilde.
Brunhilde regarda son promis s‘éloigner. Mais c’était une reine, et une reine ne pleure pas devant son peuple. Il lui promit de revenir, elle allait l'attendre.
Quant à Siegfried, il retrouva son père, ses terres et ses devoirs. Pourtant, chaque jour, à chacun de ses gestes, à chacune de ses respirations, il pensait à Brunhilde, et à son retour auprès d‘elle.
Il était prêt à reprendre la route vers le Nord lorsqu’un dernier devoir lui fut confié : son père le chargea d‘apporter les présents et les vœux de paix au roi de Worms.
Ce ne sera qu’un détour, pensa-t-il.
Ah… si seulement il avait su…
Vous savez ce qui l‘attendait à Worms ?
Non ?
Ma foi, c’est heureux. Car raconter une telle histoire donne une soif terrible.
Regardez-moi cette chope ! On voit le fond ! C’est un spectacle qui porte malheur. Une chope — retenez bien cela — ne doit jamais laisser voir son fond.
Allez, braves gens ! Remplissez donc ma chope pour que mon gosier trouve la force de vous conter ce qui attendait notre pauvre Siegfried à Worms.
...
Ah ! Venez donc, braves gens.
Vous avez suivi notre héros jusqu’à Worms.
Et il y trouva le roi Gunther. Un roi fort agréable. Il était un peu plus jeune que Siegfried, et ils partageaient les mêmes valeurs. Ils reconnurent un vaillant camarade l‘un dans l‘autre.
Gunther avait une sœur, Kriemhild, belle comme un soleil, gentille comme une fleur et douce comme une brise chaude d’été.
Kriemhild était tombée follement amoureuse de notre héros. D‘un seul regard, elle sut que c’était lui. Mais lui, il n‘avait pas d‘yeux pour la belle. Il ne pensait qu’à revenir auprès de Brunhilde, sa fiancée, la femme la plus forte au monde, la reine d’Islande.
Kriemhild en était attristée.
La mère de la belle aussi voyait en Siegfried le gendre idéal, surtout considérant tout ce qu’il avait à apporter au royaume.
Cette femme connaissait les secrets des plantes magiques. Elle savait guérir de chaque mal, elle savait atténuer la tristesse et provoquer la joie. Elle s’en servait intelligemment avec parcimonie.
Mais pour l’avenir de sa fille et du royaume, elle agit. Elle prépara en secret un breuvage unique, qui avait le pouvoir d’unir deux destins à jamais, de faire naître un amour mutuel, fort et immuable.
Elle le fit boire à sa fille et à Siegfried. Kriemhild devenait encore plus radieuse. Siegfried de son côté se voyait envahir par les brumes.
Un visage disparut. Un nom s'effaça. Il essayait de les retenir, mais ils furent arrachés, à jamais.
Puis, Siegfried épousa Kriemhild et ils furent très heureux.
C‘est une bonne fin pour une histoire, non ? Ils vécurent heureux. Brunhilde finit par oublier Siegfried et elle trouva un prince fort convenable. Les deux royaumes devinrent amis.
Pourquoi vous me regardez comme ça ?
Comment ça, vous ne me croyez pas ? Mais je n’ai jamais vu de public aussi difficile !
C’est pourtant la meilleure version que j’ai jamais racontée ! Vous… n’êtes pas d’accord ? Comment ça ?
Croyez-le-moi, c’est le bon moment pour arrêter.
Vous insistez ? Oh vous passez aux menaces ! Plus de chope remplie ? Vous y allez fort !
Bon, alors vous l‘aurez voulu !
Mais… mais oui, vous avez compris : il faut revenir demain.
Quatrième veillée du ménestrel
Venez, braves gens, et installez-vous.
Êtes-vous prêts à entendre la suite de mon histoire ? Oui ?
Est-ce que moi je suis prêt ? Cela ne vous importe pas… soit.
Donc… on en était où ? Ah oui Siegfried qui vivait un amour sincère et pur avec la belle Kriemhild. Tout allait pour le mieux. Ils étaient heureux, et notre vaillant guerrier avait la confiance du roi de Worms, Gunther, son respect, une place à ses côtés, dans son conseil.
Siegfried était solaire et courageux et intrépide. Et peu à peu, Gunther le préférait à son conseiller désigné, le sage Hagen.
Quand il s‘agissait d‘aller chercher une épouse pour son royaume, Gunther faisait appel à Siegfried et non à Hagen.
Siegfried quitta Kriemhild et Worms pour accompagner Gunther à travers les terres voisines. Gunther ne le montrait pas souvent, mais il avait de l‘ambition. Et il ne s’intéressa nullement aux princesses qu‘il rencontra, aussi jolies fussent-elles !
Siegfried commença à s‘impatienter, et Gunther dévoila enfin qu’il avait une fiancée en tête ! Mais elle était si difficile à obtenir en mariage. On disait qu‘elle n’épouserait que celui qui saurait la vaincre en un combat sans armes. Gunther était réaliste en ce qui concernait sa propre force, mais la curiosité le poussait à faire le chemin jusqu’à cette mystérieuse femme.
Oh, je vous vois ! Vous l‘avez deviné ! Vous êtes forts, vous !
Gunther emmena Siegfried en Islande pour obtenir la main de Brunhilde.
Vous vous rappelez de Brunhilde, n’est-ce pas ?
Cette reine qui attendait le retour de son promis.
Vous imaginez ? Vous imaginez ce que ces retrouvailles allaient être ? Elle qui l’attendait. Lui qui… l‘avait oubliée.
Oh vous imaginez ? Oh vous voulez connaître la suite ? Je vois que vous êtes impatients ! Je le vois bien.
Mais vous connaissez mon gosier… allez, je vous attends… oui, oui, je ne m’allonge pas, mais grouillez-vous.
Allez.
...
Venez, braves gens, ma chope est pleine, ça devrait aller encore un peu.
Donc on ne va pas tourner autour du pot, braves gens. Les retrouvailles, ce n’était pas exactement ce que Brunhilde s’imaginait. Vous devez vous en douter, vous m’avez déjà prouvé que vous êtes forts !
Elle était une reine. Quand sa joie initiale se transforma en incompréhension, puis en incrédulité, puis en chagrin et tristesse — eh bien elle ne s’apitoyait sur elle que pendant un battement de cil, vous pouvez me croire ! Et la tristesse fit place à de la colère. Une colère simple et pure.
Et quand elle réalisa que Gunther était venu lui demander sa main, et que Siegfried n’était que son compagnon, un homme de moindre rang, elle fut véritablement irritée.
Gunther était tombé sous son charme et il dit à Siegfried qu’il voulait cette femme pour épouse et aucune autre.
Oh si seulement il avait la force de Siegfried ! Oh si seulement il y avait un moyen ! Oh si seulement Siegfried pouvait combattre à sa place !
Oh si… non mais attends un peu !
Siegfried, mon brave…. Cela ne te dérangerait point de vaincre la farouche Brunhilde pour que je puisse l‘amener chez moi à Worms ?
Gunther se félicitait d’avoir emmené Siegfried. Hagen n‘aurait été d‘aucune aide ici ! Et entre nous, le sage Hagen aurait déconseillé cette alliance. Il aurait peut-être ressenti une certaine énergie néfaste émanant d‘elle.
Mais les choses sont comme elles sont, comme on dit. Enfin… vous voyez bien où tout cela allait mener. Moi, j’aurais conseillé à Gunther de rentrer chez lui. D’épouser une gentille boulangère. C’est très bien aussi, les boulangères.
Mais non. Les rois aiment compliquer les choses.
Alors Siegfried enfila le masque - ce fameux masque dont je vous avais parlé et qui permet de changer d’apparence ! Et qui permit à Siegfried de prendre l’apparence de Gunther.
Siegfried, ayant l’apparence du roi Gunther, vainquit Brunhilde.
Le roi ramena Brunhilde à Worms où ils se marièrent.
Et ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours.
Non ?
Personne n’y croit cette fois ?
Vous devenez méfiants, braves gens. C’est dommage. J’aimais bien quand vous étiez naïfs.
Ce n’est drôle qu‘une fois. Vous me dîtes de renouveler mes blagues ? Oh vous allez voir. J‘aime mes blagues récurrentes, moi.
Allez, bonne nuit. Revenez demain.
Cinquième veillée du ménestrel
Venez, braves gens, venez. Vous êtes bien courageux de revenir ! Je tire mon chapeau.
Nous allons donc suivre ces deux couples qui habitent ensemble dans le château de Worms.
Les femmes ne s‘aimaient pas beaucoup, à ce qu‘on disait. Rien de palpable, des piques par-ci, des regards appuyés par-là. Siegfried, solaire, vaillant et insouciant, ne voyait rien de tout ça.
Chaque repas partagé devenait une épreuve. Chaque sourire de Kriemhild rappelait à Brunhilde ce qu'on lui avait arraché. Kriemhild ne savait jamais quel mot risquait de devenir une offense.
Siegfried ne voyait pas Brunhilde s’assombrir, se retirer, se replier sous une armure de piques et de mépris pour ce que Kriemhild était et le statut social que Siegfried avait accepté. Un homme comme lui aurait dû choisir une héritière, une reine. Elle ne comprenait pas qu‘il ait choisi Kriemhild plutôt qu‘elle. Et surtout qu‘il ne donnait aucune explication. Elle lui en voulait beaucoup.
Siegfried ne voyait pas non plus que Kriemhild finissait également par s‘assombrir. Sa farouche belle-sœur l’impressionnait. Elle en eut même peur.
Oh je vois que leur sort vous touche. Mais attendez, je ne vous ai rien dit pour le moment ! Écoutez bien !
Kriemhild finit par avouer à son époux son mal-être et qu’elle se sentait démunie. Lui la consola et lui dévoila la vérité : Brunhilde était certes la femme du roi, mais ça n’enlevait en rien la valeur de Kriemhild. De plus, c’était lui, Siegfried, qui l‘avait vaincue grâce à son masque !
Ah vous imaginez, Kriemhild ça allait mieux de suite. Elle reprit un peu d‘assurance.
Mais quand les deux femmes arrivèrent, une belle matinée de printemps, en même temps, devant la porte, elles se disputèrent le privilège d’entrer la première.
C’était, depuis toujours, la maison de Kriemhild.
Brunhilde était la reine.
Mais Kriemhild était la femme du vaillant Siegfried.
Siegfried n’était qu’un vassal !
Les insultes fusèrent... jusqu’à l‘impardonnable.
— C‘est mon mari qui t‘a vaincue en combat !
— Mensonge.
— Il possède un masque magique, il me l‘a dit. Laisse-moi donc passer !
Le mal a été fait.
Et vous devez commencer à connaître Brunhilde. Elle n‘allait pas subir cette humiliation publique.
Mais… ça c‘est une histoire pour demain.
Sixième veillée du ménestrel
Venez, braves gens, venez.
Aujourd’hui, nous allons vivre une vraie tragédie. Une tragédie digne des antiques !
Vous vous souvenez de Hagen, le sage conseiller du roi Gunther, celui qui a été écarté par Siegfried le vaillant et le solaire ?
Hagen eut de l‘empathie pour Brunhilde. Et surtout une haine rancunière contre Siegfried.
Il alla voir Brunhilde.
— Ma reine, personne n‘a le droit de vous insulter de la sorte. Dîtes-moi vos ordres, je les exécuterai.
— Je veux la mort de Siegfried.
Hagen était rusé. Il savait que Siegfried était invulnérable après un combat contre le dragon. Mais Siegfried, dans son insouciance, n‘avait pas fait attention à qui il parlait de la feuille de chêne.
Hagen savait qu’il restait un endroit où il était vulnérable. Un seul, mais il ne savait pas où.
Son regard tomba sur la douce Kriemhild. Cette dernière, marchait la tête haute ces derniers jours. Il l‘avait toujours appréciée, conseillée, protégée. Elle méritait sûrement mieux que ce guerrier sans cervelle !
Le voilà qui arrive, tout essoufflé. Il est inquiet ! Très inquiet ! Inquiet pour Siegfried ! Il y a des comploteurs qui lui veulent du mal. Qui agissent dans les ombres. Qui s’approchent, le cercle se referme. Il ne sait pas qui s‘y trouve mais ils veulent le tuer ! Il faut agir vite !
Ils ont découvert où il était vulnérable !
Et lors de la prochaine chasse... ils allaient le tuer !
Kriemhild devint pâle. Elle allait l’empêcher d‘y aller !
Mais elle connaissait Siegfried ! Il n‘avait peur de rien ! Était intrépide ! Il irait malgré le danger !
Mais lui, Hagen, allait le protéger, le préserver contre les assassins. Cependant, elle devait l’aider. Pour le protéger au mieux, il lui fallait connaître l‘endroit exact. C’était le moyen le plus sûr de le maintenir en vie. Hagen allait s’en charger !
Kriemhild, soulagée, lui confit ce secret que Siegfried lui avait dévoilé pendant une nuit de tendresse.
Le jour venu, les hommes partirent à la chasse au sanglier.
Brunhilde les regarda partir de sa fenêtre. Le regard sombre.
Kriemhild les regarda partir de sa fenêtre. Le regard inquiet.
Quand les hommes revinrent le soir, ils étaient en deuil.
Brunhilde, à sa fenêtre, eut son regard qui s‘apaisa. Elle trouva sa paix.
Kriemhild, à sa fenêtre, eut le regard qui s‘assombrit, le cœur qui devint noir. Elle n’était pas naïve, elle ne l’était plus. Et elle ne fut plus jamais la douce Kriemhild de sa jeunesse. Elle nourrissait son chagrin et sa vengeance.
Kriemhild la noire.
Mais ça, c’est une toute autre histoire.
La mienne est terminée.
© Ecorce & Plume - Elena Sylvestre – Tous droits réservés, texte déposé.
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