Une porte s’ouvre, avec un petit grincement qui attire mon attention. Une lueur pénètre dans la pénombre, comme un filet lumineux qui m’invite à m’approcher.
Je n’arrive pas à en détourner mon regard.
C’est une petite porte ancienne, en bois. Les planches assemblées laissent passer la lumière, et les premiers rayons du matin s’infiltrent, dansant comme des lucioles dans la poussière.
Je connais bien cette maison. Une vieille maison de centre-ville, avec ses murs épais, son parquet luisant et ses escaliers qui grincent. Pourtant, cette porte qui se tient devant moi, dans ma cuisine, n’existait pas hier.
Surprise, intriguée… j’approche davantage.
Et puis j’entends un bruit. Difficile à saisir, à peine audible. Il me fait penser au bruissement des feuilles qui s’agitent dans le vent. Une odeur agréable flotte dans l’air. Je ferme les yeux et me permets d’accueillir ces sensations. De l’excitation, de la curiosité.
Je ne ressens aucune inquiétude. Bien au contraire. Je sens une énergie incroyable monter en moi. Une énergie comme je n’en ai plus ressentie depuis longtemps.
J’ouvre les yeux et fixe la porte. L’odeur du bois chaud emplit mes narines.
Elle prend soudain toute la place. Je ne vois plus qu’elle.
Puis je sens une chaleur sous la paume de ma main.
Je sursaute.
Je ne me suis pas rendu compte que j’avais fait les quelques pas qui me séparaient de la porte. Ma main était déjà posée sur la poignée. Je la retire aussitôt. Mon cœur bat dans ma poitrine. Je prends mon courage à deux mains, saisis la poignée et ouvre la porte en grand.
Je suis éblouie. Je cligne des yeux et franchis le seuil, incapable de voir quoi que ce soit.
Je pose un pied sur un sol mou. Des herbes hautes chatouillent mes mollets nus. Je regarde mes pieds et m’aperçois que je suis dans un pré. Un pré de printemps. L’herbe commence à être haute. Des fleurs de toutes les couleurs se dressent avec grâce et cherchent à atteindre le soleil.
J’inspire profondément. Cela sent le printemps. Et puis… une autre odeur flotte dans l’air. Une odeur que je ne saisis pas tout à fait, mais qui m’emporte.
Je regarde autour de moi.
Où est passée la ville ?
Où sont passés les bruits de klaxons, les murs gris, les agendas remplis ?
Où est passée… ma vie ?
La porte derrière moi se referme. Sur mes routines, mes habitudes, tout ce qui constituait mon quotidien.
Je m’affole soudain. Ma respiration devient saccadée. Je me sens paralysée. Je n’arrive pas à faire un geste. Je regarde la porte se refermer avec une lenteur inimaginable. J’arrête de respirer. Je n’arrive plus à réfléchir. Mes jambes ne m’appartiennent plus. Elles semblent faire partie intégrante de ce pré printanier.
La porte se ferme avec un claquement sourd, retentissant.
Je reste immobile. Pendant quelques secondes, je n’entends plus rien.
Ni le vent. Ni les herbes qui bruissent autour de moi. Seulement le battement affolé de mon cœur.
Ma main se lève presque malgré moi. Je pourrais essayer. Il suffirait d’un geste. D’une poignée tournée. D’un pas en arrière.
Mais je m’arrête. Je regarde le pré qui m’entoure. J’observe les tiges qui dansent doucement sous une brise légère.
Finalement, je tourne le dos à la porte. Je décide de la laisser fermée.
Devant moi se dresse un paysage neuf, un printemps tout frais. Une envie irrésistible m’assaille : celle de l’explorer. Je m’éloigne de l’endroit où se tenait la porte, à grandes enjambées. Le soleil m’éblouit. L’air est doux. L’herbe fraîche caresse mes pieds.
Je savoure chaque pas. Lentement, je me dirige vers une forêt.
L’excitation du départ s’efface peu à peu. Une légère appréhension prend sa place. Car je sais ce que je laisse derrière moi. Mais ce qui m’attend… je l’ignore complètement.
Je suis tellement absorbée par mes pensées que je ne vois pas la forêt approcher. Elle est plus dense que je ne le croyais. Le soleil disparaît, masqué par des nuages épais. Le paysage s’assombrit. Un frisson me parcourt l’échine. Une goutte éclate entre mes omoplates.
Je lève la tête. La pluie se met à tomber d’un coup, torrentielle.
Je redeviens corps. Un corps mouillé, fragile, exposé. Je suis pieds nus. Je ne porte qu’une robe. Je n’ai rien à manger. Je ne sais pas où dormir. Je cours me réfugier sous les arbres. Ils forment un toit naturel. J’accélère, à perdre haleine. Je pénètre dans le sous-bois sans réfléchir. Des ronces griffent mes jambes.
Je m’arrête, essoufflée.
Je ne le remarque pas : une silhouette s’est mise à me suivre.
Doucement, je reprends mon souffle.
L’eau ruisselle encore sur moi. Je suis trempée jusqu’aux os. Par chance, l’air reste doux, et ma course effrénée m’a réchauffée. Je tends l’oreille. Ma respiration se calme, au rythme de mon cœur.
Puis, au-delà de ces battements qui m’appartiennent, j’entends autre chose. La pluie. Sa musique délicate. Je ferme les yeux et j’écoute. Les gouttes dansent sur les feuilles qui forment le toit de la forêt. Elles glissent plus bas, s’écrasent sur le sol dans un souffle feutré. Elles éclatent sur l’écorce en une note différente.
Peu à peu, je me calme.
Ma conscience s’ouvre, se tend vers les bruissements de la forêt. Un froissement de feuilles. Un couinement lointain — un animal surpris par ma présence, peut-être ? Puis…
Un craquement.
Des pas.
J’ouvre les yeux brusquement. La forêt m’entoure, dense. Le sous-bois dans lequel j’ai atterri est encore plus épais que je ne l’imaginais. Je suis au cœur d’une végétation serrée. Ai-je entendu un animal ? Une biche peut-être ? Je tourne sur moi-même et scrute les environs.
Rien.
La pluie continue sa mélodie. Mais quelque chose a changé. Je n’arrive plus à retrouver la sérénité d’il y a quelques instants.
Une gêne grandit en moi. Une oppression sourde. J’ai la sensation d’être observée.
Quelqu’un est là. Caché. La forêt offre mille cachettes. Cette impression devient presque tangible. Des yeux derrière les buissons. Un mouvement furtif. Un froissement.
Je traverse les sous-bois. Les branches me freinent, m’attrapent, me griffent, me mordent. J’entends un cri.
C’est le mien.
J’accélère. Je cours. Je cours aussi vite que je peux, mais ma course effrénée m’épuise. Elle finit par s’arrêter devant un mur de ronces.
À côté de moi, un buisson à baies. Le même que j’ai déjà dépassé. Trois fois. Je tourne en rond. Mes yeux se mouillent. La forêt me griffe. Les voix hurlent dans ma tête. Tout en moi me pousse à faire demi-tour. À chercher la porte. À l’ouvrir. À retrouver ma cuisine, ma tisane, mon plaid sur le canapé.
Me calmer. Juste me calmer.
La forêt me griffe moins. Ma respiration ralentit.
Rebrousser chemin. Le mot résonne en moi. Puis quelque chose accroche mon esprit. Rebrousser. Revenir sur mes pas. Retourner exactement là où j’étais avant.
Je reste immobile. Non.
Je regarde autour de moi. Je baisse les yeux et ramasse une branche épaisse. Je n’avais pas essayé par là. Je force les ronces. Je les laisse me mordre. Je pousse encore. Et je traverse les sous-bois.
J’émerge dans une clairière.
La beauté de l’endroit me coupe le souffle. Un pré éclatant, constellé de fleurs délicates. Le soleil revenu baigne la clairière d’une lumière dorée. J’emplis mes yeux de cette vision. Et je ne remarque sa présence qu’au dernier moment.
À mes côtés, une jeune femme. Immobile. Comme si elle avait toujours été là, à m’attendre.
— Je t’ai vue franchir la porte, dit-elle. C’est tout ce que tu as emporté ?
Elle me désigne d’un geste léger. Interloquée, je ne trouve rien à répondre. Je hoche la tête, un peu bêtement.
— Tu dois avoir faim. Suis-moi.
Je la suis à travers la forêt. Nous avançons sur un sentier étroit. La forêt nous enveloppe de mille nuances de vert. L’odeur de terre humide, amplifiée par la pluie, emplit mes narines. Il ne pleut plus, mais chaque feuille, chaque branche, chaque mousse ruisselle encore. Les gouttes continuent leur musique.
La jeune femme marche d’un pas sûr. Sa robe est simple, pratique. Elle porte des bottes un peu trop grandes, qui semblent trop lourdes pour ses pieds. Ses cheveux attachés en queue de cheval dansent à chaque mouvement.
Je fixe son dos. Puis ses oreilles. Toujours pas un mot de sa part.
Et moi ? Je suis muette aussi. Trop abasourdie. Il y a quelques heures à peine, j’étais assise dans ma cuisine. Un café tiède devant moi. La tête pleine de réunions, de délais à respecter, de mails à envoyer. Je m’apprêtais à entamer une journée parfaitement banale.
Métro. Travail. Écran. Pause déjeuner fade. Collègues aux affinités variables. Le tout dans un décor gris.
Et là ? Je marche pieds nus dans une forêt inconnue, à la suite d’une femme aux oreilles pointues.
Un rire me monte à la gorge. Je le ravale. Je me pince. Aïe.
Toujours les oreilles. Toujours la forêt. Toujours la mousse sous mes pieds.
Le rire finit par m’échapper. La jeune femme s’arrête et se retourne.
— Qu’est-ce qui te fait rire ?
Je secoue la tête, incapable de répondre. Je ris. Je ris à en pleurer. Je me plie en deux, secouée par un fou rire nerveux. Je finis par me redresser, le souffle court, les larmes aux yeux.
— C’est si irréel.
Elle me sourit.
— Pourtant, c’est réel. Tu es bien ici.
— C’est… quoi, cet endroit ?
Elle fronce les sourcils.
— Je ne comprends pas ta question. C’est la forêt. Cela se voit, non ?
— Oui, mais… où sommes-nous ?
— Dans la forêt, répète-t-elle lentement.
Elle me regarde comme si je venais de tomber sur la tête. Ce qui, en y réfléchissant, n’est peut-être pas faux. Je cherche autour de moi une caméra cachée. Une blague. Ou un rêve. Je me pince encore.
— Comment s’appelle la ville la plus proche ?
Elle fronce les sourcils davantage.
— Ville ?
— Oui.
— C’est quoi ?
Je reste figée. Elle répète, comme si le mot lui était totalement étranger :
— Ville ?
— Un endroit avec des maisons, des rues… où les gens vivent.
Elle secoue la tête.
— Ici, il y a la forêt.
— Mais… tu dors où ? Tu as une maison, non ?
Elle balaie ma question d’un revers de main.
— Bon. On a assez parlé. Viens.
Nous continuons notre route dans le silence. Je ne remarque pas que la forêt change peu à peu. Mon esprit est trop occupé à chercher une explication logique. Je veux comprendre. Trouver une faille dans ce qui m’arrive. Une explication rationnelle qui remettrait un peu d’ordre dans ce chaos merveilleux.
Je ne vois pas que le sentier s’efface doucement. Que les arbres se rapprochent. Que la lumière devient différente. Je ne reviens à moi que lorsqu’elle s’arrête.
Devant nous se dresse… quelque chose. Une haie ? Un buisson ? Un dôme végétal ? Je plisse les yeux. Elle me jette un regard en coin, pousse une branche et se glisse à l’intérieur.
Bon. Je la suis. L’intérieur est creux, habité d’un parfum subtil — un mélange de mousse, de sève et de fleurs. Je tourne lentement sur moi-même. C’est une plante, à n’en pas douter. Mais aussi une maison. La lumière filtre par endroits à travers la paroi translucide. Des formes se dessinent naturellement dans les murs végétaux. J’y reconnais… un banc, un lit, un espace de rangement. Tout semble avoir poussé ici, comme un refuge vivant.
Elle plonge la main dans une ouverture de la paroi et en sort un récipient qu’elle me tend.
— Tiens. Tu dois avoir faim, et soif.
Je n’avais pas réalisé à quel point c’était vrai. Je prends le récipient. L’odeur florale est délicieuse. Je goûte. C’est doux, léger… et étrangement nourrissant. Ma soif disparaît. La faim aussi. Un apaisement profond m’envahit.
Puis une fatigue étrange me gagne. Mon corps se relâche. Mes pensées ralentissent. Et avant même de chercher à comprendre, je sombre.
Quand je rouvre les yeux, je suis allongée sur le lit. Un lit végétal, vivant, parfaitement adapté à mon corps. Je me sens reposée. Entière. Comme si mon corps avait dormi bien plus longtemps qu’il ne le devrait.
Je sors. La jeune femme m’attend dehors. Ses oreilles sont toujours pointues. Mais cela ne me surprend plus.
— Comment tu te sens ? me demande-t-elle.
— Mieux… Merci.
Je regarde autour de moi. Puis je me tourne vers elle.
— Mais j’ai des questions.
Elle sourit légèrement.
— Je m’en doute.
— C’est quoi, cet endroit ? Comment je suis arrivée ici ?
Elle observe la forêt derrière moi.
— Peu s’aventurent jusque dans la forêt.
Je fronce les sourcils.
— Je ne suis pas la première ?
— D’autres sont passés par cette porte.
Un silence s’installe.
— Tu sais pourquoi ?
Son visage change légèrement. Son sourire disparaît.
— À toi de le découvrir.
Cette réponse commence sérieusement à m’agacer.
Je prends une inspiration.
— Et cette porte… elle marche aussi dans l’autre sens ?
Elle me regarde longtemps, je commence à me sentir étrange. Mais avant de pouvoir détourner les yeux, elle baisse les siens.
— Peu sont repartis.
C’est tout.
Je reste silencieuse. Cette réponse soulève encore plus de questions qu’elle n’en résout. Qui étaient les autres ? Pourquoi étaient-ils venus ? Pourquoi étaient-ils restés ? Pourquoi certains étaient-ils repartis ? Je fais des nœuds dans mon cerveau, et tout ce que j’en retire, c’est un mal de tête phénoménal.
Alors, je change de stratégie. Je cesse de chercher des réponses auprès d’elle. Je l’observe. Je découvre son quotidien. Ou plutôt… son absence de quotidien.
Elle se lève avec le soleil. Elle marche dans la forêt. Elle cueille ce dont elle a besoin. Elle revient. Elle recommence. Toujours pareil. Jamais un imprévu. Jamais une surprise. Au début, cela m’apaise. Puis, doucement, quelque chose me dérange.
Je cherche encore à comprendre ce qu’elle est. Une elfe ? Le mot la fait sourire sans qu’elle semble savoir ce qu’il signifie.
— Il y a d’autres êtres comme toi ?
— Bien sûr.
— Où sont-ils ?
Elle hausse les épaules.
— Partout.
— Pourquoi je ne les vois jamais ?
Elle me regarde avec un étrange amusement.
— Parce qu’ils sont partout. Trop visibles pour être remarqués.
Je décide de ne plus poser de questions. Je n’obtiens jamais vraiment de réponses. Seulement des énigmes.
Alors les jours passent. Combien ? Je ne sais pas. Ici, le temps semble différent. La vie est douce. La femme m’héberge. Elle me nourrit. Je trouve moi-même dans la forêt des fruits, des plantes, des douceurs que je n’aurais jamais imaginées. Il fait toujours beau. Toujours doux. Toujours calme.
Trop calme. Au début, je savoure cette tranquillité. Après des années à courir après le temps, je découvre enfin ce que signifie ralentir.
Je dors quand je suis fatiguée.
Je marche quand j’en ai envie.
Je regarde pousser les fleurs.
J’écoute chanter la rivière au loin.
Je suis heureuse. Vraiment heureuse. Alors pourquoi cette petite voix revient-elle ? Pourquoi cette sensation étrange grandit-elle en moi ? Je ne sais pas exactement quand cela arrive.
Peut-être un matin.
Peut-être après plusieurs semaines.
Je me rends compte que je vois de moins en moins la jeune femme. Elle suit toujours la même trajectoire. Toujours les mêmes gestes. Toujours les mêmes journées.
Et soudain… Je reviens à moi. Je suis là. Quelque part dans la forêt. Je regarde autour de moi. Tout est vert. Tout est calme. Tout est paisible. Tellement paisible que les voix dans ma tête recommencent à parler.
La forêt semble se refermer autour de moi. Plus verte. Plus douce. Plus silencieuse. Une sueur froide me parcourt. Je respire. Une fois. Deux fois. J’inspire. J’expire. Peu à peu, je retrouve mon calme.
Puis une pensée surgit. Je n’ai jamais cherché à sortir. Pas une seule fois. Je suis venue ici en franchissant une porte. Mais depuis… Je me suis laissée porter. J’ai attendu. Et j’ai oublié d’avancer. Cette forêt est magnifique. C’est un refuge. Et un refuge dans lequel on reste trop longtemps finit peut-être par devenir une prison.
Je prends une grande inspiration. Je ne veux pas retourner en arrière. Pas dans mon ancienne vie. Mais je ne veux pas rester ici non plus. Il doit exister autre chose. Un autre chemin.
Un vent léger fait danser les feuilles. Au début, je crois que c’est simplement le bruissement du feuillage. Puis je comprends. Ce n’est pas le vent. C’est une musique. Ou peut-être quelque chose qui y ressemble.
Intriguée, je me mets en route. Je suis ce chemin que je connais désormais presque par cœur. Au début, rien ne change. Puis, lentement… Les arbres s’écartent. La lumière revient. Et je sors de la forêt.
Devant moi coule une rivière. Je comprends alors que la musique que j’entendais était son murmure. L’eau glisse entre les rochers. Elle danse. Elle frappe doucement les pierres avant de poursuivre son chemin. Tout autour, les couleurs explosent. Le bleu du ciel. Le blanc de l’écume. Le vert tendre des prairies. Les fleurs sauvages.
Je reste immobile. Et c’est alors que je la vois. Entre deux grands rochers qui forment comme une ouverture naturelle…
Une porte.
Une vraie porte. Elle s’ouvre lentement. Quelques rayons de lumière traversent les planches et se mêlent à celle du printemps. Cette fois, je n’ai pas peur. Je m’avance. Je pose ma main sur la poignée. Elle est chaude. Je souris. Je connais déjà cette sensation.
J’ouvre.
De l’autre côté, une ruelle baignée par la lumière dorée du soir. Je franchis le seuil. La porte se referme derrière moi. Et pour la première fois depuis longtemps… Je ne cherche pas à savoir où je suis. Une ville inconnue. Une place animée. Des voix. Des rires. La vie.
Je m’avance jusqu’à une petite terrasse et m’assieds. Quelques instants plus tard, un serveur pose une tasse devant moi. Je lève les yeux, surprise. Je n’ai rien commandé. Il me sourit comme s’il me connaissait déjà.
Je regarde la place. Et une étrange impression m’envahit. Cette ville aussi, je l’ai déjà vue. Peut-être au détour d’un chemin. Peut-être depuis la forêt.
Je prends ma tasse entre mes mains. Je ne sais pas ce qui m’attend, combien de portes je devrai encore franchir. Mais désormais, je sais une chose. Je peux faire confiance à mon instinct.
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